Lundi 26 octobre 2009


Il y eut pendant les semaines qui précédèrent mon départ en retraite une vraie angoisse, comme une grande peur du vide.

Je suis en retraite, ça y est !
Il est où le vide ? Aucun vertige, aucune angoisse. Rien. Je me sens bien, très bien même.

D'après certains, il parait que je me vautre dans la procrastination. Tout le monde sait que c'est un très vilain défaut et que même ce bon vieux Cicéron disait, il y a bien longtemps, que procrastiner était odieux.

Il ne savait pas vivre Marcus Tullius.
Je me sens vivre, je revis.
Par contre c'est sur, j'ai un profond désir, celui d'être inutile.
Rien qu'à cette idée je me sens encore mieux.

Illustration : Vincenzo Foppa (1427 - 1515, Brescia): Le jeune Cicéron lisant, 1464, fresque, 101,6 × 143,7 cm. Wallace Collection, London








Par bernie
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Jeudi 23 octobre 2008

Je feuillette Le Monde daté du 20 octobre.

Passé le dessin de Plantu, je chipote un brin et jette un regard négligé (ennuyé) sur les pages intérieures, quand soudain je me fige. Un titre barre entièrement la page Débats :

Jean-Marie Le Clézio ou le Nobel immérité.

Fichtre, pensais-je in petto (oui, c’est un pléonasme mais j’assume. J’aurais même envie d’ajouter, pour aggraver mon cas,  dans mon for intérieur).

Fichtre me répétais-je, voila un titre bien péremptoire.

Je m’attaque à la lecture de l’article, quasi une demi page ! curieux, que dis-je, avide de découvrir l’argumentaire implacable, mais irréfutable, développé par l’auteur, un certain F.-Y. J. dont la plume doit être trempée dans le vitriol.

Je vous livre les arguments :

1° Vous devez croire ce que j’écris car je suis professeur de littérature.

2° J.-M. G. Le Clézio n’est pas un grand écrivain, puisque depuis 1980 il écrit des best-sellers.

3° J.-M. G. Le Clézio est du même tonneau qu’Amélie Nothomb et  Alexandre Jardin, or Amélie Nothomb ne peut pas être publiée dans la "Bibliothèque de la Pléiade" donc…

J’en ai le souffle coupé, voilà un syllogisme qui vous ferait douter d’Aristote.

4° J.-M. G. Le Clézio n’a pas (encore) écrit la petite phrase ineffable, véritable marque littéraire, qui fera de lui un grand auteur classique, donc nobélisable, du genre, selon F.-Y. J. 

« Chaque jour, on regardait ça : la mer écrite. » (M. Duras)

« Longtemps, je me suis couché de bonne heure » (M. Proust)

« D'au-delà de l'écran de buissons qui entourait la source, Popeye regardait l'homme en train de boire. » W. Faulkner

« C'était au temps où j'errais, la faim au ventre, dans Christiana, cette ville singulière que nul ne quitte avant qu'elle lui ait imprimé sa marque. » K. Hamsun.

F.-Y. J. explique pourquoi ces phrases sont ineffables et je vous livre, in extenso, l’analyse  de la dernière citation, extraite de La Faim, de K. Hamsun :

« Le balancement classique de la phrase - même au filtre de la traduction -, sa condensation de l'unité de temps et de lieu en deux propositions, sa révélation rétrospective, qui annonce un flash-back, de la narration entière, bref, sa "rupture" avec l'incipit classique donnent à cette ouverture une marque indéniablement littéraire ».

Je m'interroge, c'est peut-être du deuxième, voire du troisième degré.

Il paraît que non.

Je suis désolé pour Marguerite Duras, elle ne mérite pas de voir son oeuvre et ses qualités littéraires condensés en une petite phrase. Je suis désolé pour les autres auteurs cités.


N.B. Je ne supporte pas  l'idée principale, discrtiminatoire, défendue par l'auteur de cet article : la grande littérature est réservée à une élite et ne peut être appréciée par un quidam. Contentez-vous de regarder les feux de l'amour et ne nous faites pas croire que vous savez lire.

Annonce du Nobel de littérature 2008


Par bernie
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